Haiti : Jean Charles Moïse échoue le néosystème du pouvoir au plus capable

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Les politiciens traditionnels haïtiens viennent de renaître le système du pouvoir au plus capable, lequel néosystème est tout de suite mort né suite à l’organisation de deux meetings populaires par le socialiste haïtien, Jean Charles Moïse, du côté de Trou du Nord et à Vertières au Cap-Haïtien, respectivement dans le Nord-est et le Nord d’Haïti. Pour rappel, Jean Charles MOÏSE est, d’après notre dernier sondage, le leader politique d’Haïti le plus populaire sur l’échiquier politique haïtien au cours de ces deux dernières décennies. Comment Jean Charles Moïse vient d’échouer le néosystème du pouvoir au plus capable, notamment Montana ? C’est quoi le pouvoir au plus capable ? C’est quoi le pouvoir au plus grand nombre ? Qui est Moïse Jean Charles ? D’abord, pour comprendre l’utilité des prises de position et des interventions politiques de Jean Charles Moïse, il faut bien lire l’histoire d’Haïti et comprendre les faits contemporains. Nul n’est sans savoir qu’en tant que force motrice du fonctionnement politique et social, les idéologies politiques contribuent à influencer le comportement humain.Jean Charles Moise est l’un des rares leaders politiques haitiens épousant la tendance gauchiste, il prône une économie sociale et solidaire afin de développer le pays. Pour ce faire, il ne compte pas et ne veut pas, dit-il, prendre les rênes du pouvoir politique à la magistrature suprême de l’État via des transitions, de quelque type qu’elles puissent être, mais via des élections légitimes, crédibles et impartiales. Alors qu’Haiti fait face à une crise systémique d’ordre sociopolitique et économique, le paysan de Milot reste et demeure une notoriété vivante et incontournable, et l’un des rares politiques à brandir la volonté retourner à l’ordre démocratique via l’organisation des élections générales, tout en prônant haut et fort qu’Haiti retourne à l’ordre socialiste en termes de régime politico-économique. Ce que d’autres groupes organisés du pays ne veulent pas à travers des accords Montana et Pen. Mais, que veulent Montana et Pen ? Pourquoi le leader gauchiste haitien, Jean Charles Moise, estime que ces accords retournent à l’ordre du pouvoir au plus capable et sont contre l’approche démocratique du pouvoir au plus grand nombre ?

C’est quoi les accords Montana et Pen ?

S’il est un fait que les élections sont l’un des piliers sur lesquels repose tout régime qui se veut démocratique, en Haiti, des groupes organisés du pays ne voient pas de bon oeil ce paradigme démocratique et optent de préférence pour des transitions. Suite à l’assassinat du président haitien, Jovenel Moise, des groupes se sont organisés pour une énième transition. Ainsi, naissent les accords Montana et Pen. En conséquence, les membres de l’accord de Montana et du Protocole d’entente nationale (PEN) se sont mis d’accord le mardi 11 janvier 2022 sur un « consensus politique » qui permettra de mettre en place une transition de deux ans dirigée par un collège présidentiel de cinq membres, un Premier ministre et un cabinet ministériel. Chacune des trois structures suivantes désignera un membre au collège présidentiel : l’accord de Montana ; le Protocole d’entente nationale (PEN) et le gouvernement en place. Selon les critères définis par le Conseil national de transition, une structure mise en place dans le cadre de l’application de l’accord de Montana, des organisations importantes de la société civile désigneront les deux autres membres du collège présidentiel après validation par les membres du consensus politique, lit-on dans le document signé entre l’accord de Montana et le PEN. Le collège présidentiel comportera au moins une femme, a précisé le consensus politique. Dans le cadre de la mise en oeuvre de ces accords, un élection au second degré a été organisé, laquelle élection désignant Monsieur Fritz Alphonse JEAN pour l’un des membres du conseil présidentiel et Steven Benoit pour le poste de premier ministre de transition. Pourquoi

C’est quoi le « pouvoir aux plus capables » et « pouvoir au plus grand nombre »

Le Parti libéral dont le journal, Le civilisateur, prétendait, avec son slogan « le pouvoir aux plus capables », sortir de l’ère politique dominée par les généraux de l’armée (depuis l’indépendance en 1804 jusque vers 1870). Il prônait l’introduction du principe d’un pouvoir politique respectueux des prérogatives du Parlement, et qui accepterait donc la séparation des pouvoirs. Ce parti proposait aussi que le fonctionnement du pouvoir se base sur les compétences. Cette conception s’est heurtée à celle du Parti national dont le slogan « le pouvoir au plus grand nombre », promouvait le principe de l’égalité des citoyens et de la participation de toutes les couches sociales à la vie politique. Curieusement, le Parti national donne à son journal le titre Le peuple. Les slogans des deux partis expriment bien leurs divergences. Mais dans les deux cas, il s’agit plutôt de postures idéologiques vu qu’aucun des deux partis ne disposait d’un ancrage réel dans la société. Les luttes entre les deux partis se déroulent dans les cercles restreints de la capitale et des villes de province, alors qu’à cette époque la paysannerie forme environ 85% de la population. Par ailleurs, la passion pour le pouvoir est telle que certains membres passent d’un parti à l’autre avec aisance, en montrant ainsi la faible prégnance des problématiques idéologiques dans l’appartenance tant au Parti libéral qu’au Parti national. Enfin la compétition entre les deux partis se mène sur fond d’une lutte à mort pour le pouvoir ou sa conservation : les membres du Parti libéral qui avaient pris les armes contre le parti au pouvoir du président Salomon, leader du Parti national, seront tous éliminés dans le sang. En effet, cette guerre fratricide constitue une rupture historique significative et met fin à l’existence des deux partis. Le Parti national n’éprouvait donc plus le besoin de se manifester comme tel, vu qu’il pouvait enfin gouverner sans opposition. Cette victoire sur le Parti libéral lui ouvrait la possibilité de se maintenirà vie au pouvoir.

Si au XIXe siècle la bataille politique entre l’aile noire et l’aile mulâtre des classes dirigeantes se déroulait dans le cadre exclusif de deux grands courants d’idées : le nationalisme et le libéralisme, la crise politique de 1946, quant à elle, éclata sous l’influence très inégale de quatre tendances idéologiques qui traversaient l’opposition : le nationalisme, le libéralisme, le marxisme et le noirisme. En dépit du rayonnement intellectuel de certains tenants du marxisme et de l’attrait que celui-ci exerçait sur de nombreux jeunes de la bourgeoisie et de la petite bourgeoisie, le degré de sophistication de cette construction idéaltypique et sa façon d’appréhender les conflits politiques en fonction des intérêts de classes limitait considérablement sa capacité de pénétrer les masses populaires urbaines, dans une société au taux d’analphabétisme estimé à 90 %. En revanche, le noirisme, avec son approche explicative excessivement simpliste faisant de la lutte pour le pouvoir un conflit opposant les représentants des masses noires urbaines et rurales à la minorité mulâtre négrophobe, blancophile et responsable des conditions inhumaines dans lesquelles elles vivaient, constituait l’opium des couches défavorisées, des « classes moyennes noires » et même de nombreux militants et intellectuels marxistes. En d’autres termes, le noirisme, qui réclamait un Noir à la présidence du pays, représentait l’idéologie dominante. Pour comprendre et expliquer l’emprise du noirisme sur la société haïtienne, il faut remonter à ses origines. Et l’on reconnaîtra qu’il n’est pas, à l’instar du marxisme, un courant d’idées récemment introduit en Haïti, mais la résurgence d’une longue tradition idéologique. Comme mentionné dans le premier chapitre, la prétendue infériorité de la race noire justifiait l’esclavage, la traite des Noirs et la domination des Blancs, créant ainsi l’idée d’un amalgame classes/races : les Blancs au sommet de la pyramide sociale, les Mulâtres occupant le niveau intermédiaire et les Noirs à l’échelon inférieur. Dans le deuxième chapitre consacré à la sociogenèse de l’État haïtien, nous avons vu comment le processus centripète, c’est-à-dire la centralisation ou la monopolisation des moyens de contrainte et de la fiscalité, avait mis face à face anciens libres et nouveaux libres, à travers leurs leaders respectifs, les généraux André Rigaud et Toussaint Louverture, lors de la guerre civile du Sud en 1799-1800. Après l’assassinat de Dessalines en 1806, qui se faisait passer pour le défenseur des intérêts des masses noires devant la volonté manifeste des généraux mulâtres de s’emparer, par des moyens frauduleux, des biens des anciens colons blancs en se réclamant de leur filiation, la lutte pour le pouvoir provoqua une guerre civile larvée entre Pétion, le Mulâtre de l’Ouest et du Sud, et Henry Christophe, le Noir du Nord. Sous le long règne de Jean-Pierre Boyer, 1818-1843, le contrôle du pouvoir d’État par la minorité mulâtre fut total.

À la chute de Boyer en 1843, l’élite noire remit en question l’hégémonie de la minorité mulâtre, en revendiquant l’exclusivité de la représentation des classes majoritaires. Pour contourner cet obstacle, les idéologues mulâtres mirent en application leur fameuse « politique de doublure », consistant à placer au timon des affaires de l’État un général noir ignorant, ne pouvant se passer du savoir et du savoir-faire des intellectuels, bureaucrates et diplomates mulâtres pour l’organisation et le fonctionnement des institutions publiques et la politique étrangère du pays. Mais avec l’expérience de Faustin Soulouque, l’empereur Faustin Ier, 1847-1859, qui s’était révélé très peu malléable et s’était même transformé en « mangeur de mulâtres », la formule de la politique de doublure ne convenait plus à la minorité mulâtre. Ainsi, les élites politiques noire et mulâtre essayèrent de s’organiser. Elles se dotèrent d’un instrument politique plus ou moins efficace, en créant le Parti national et le Parti libéral. De 1870 à 1915, s’installera donc un certain équilibre certes instable sur le plan des rapports de force, en termes d’alternance entre les Noirs et les Mulâtres. L’occupation américaine avait rétabli l’hégémonie de la minorité mulâtre pendant environ trois décennies. La résistance pacifique à l’occupation se trouvait à la base du grand mouvement nationaliste qui avait surgi immédiatement après l’écrasement de la résistance armée des paysans en 1920. L’indigénisme et la négritude, deux éléments importants de la dimension culturelle du mouvement nationaliste, allaient en nourrir le noirisme. Si sa résurgence s’explique par l’exclusion de Noirs de plus en plus qualifiés appartenant aux classes moyennes de la gestion de la chose publique, sa radicalisation est imputable à la morgue de certains éléments mulâtres et, surtout, à l’influence des théories raciobiologiques du XIXe siècle et à la montée des idées fascistes et nazies durant les premières décennies du XXe siècle.

«Le pouvoir aux plus capables» était le slogan du Parti libéral. Son chef, Boyer Bazelais, le principal concurrent du président, était le petit-fils du général Jean-Pierre Boyer et de Joute Lachenais. En effet, le premier courant prônait que seul un groupe d’hommes instruits peut diriger le pays d’où l’idéologie « le pouvoir aux plus capables ». Le second prônait la devise « le plus grand bien au plus grand nombre » de laquelle a découlé une tendance vers le choix populaire. En comparant la contribution au niveau scientifique et littéraire ainsi que les résultats du parcours d’Anténor Firmin comme ministre des Finances (relance des affaires par une baisse du taux d’intérêt, régularisation du paiement mensuel des salariés de l’Administration publique, mise en place d’infrastructures de développement, de développement industriel) à ceux de Nord Alexis, considéré par certains historiens comme illettré (régime marqué par la corruption), il est possible d’affirmer que cette opposition est calquée sur le modèle Libéral-contre-National. L’histoire rapporte cependant que la voix « populaire » avait triomphé. Malgré les troubles qu’aura occasionnées la montée au pouvoir de Nord Alexis, malgré la contribution de Jean Price-Mars dans l’analyse de la société haïtienne (Vocation de l’élite, Une étape de l’évolution haïtienne), son parcours comme député ou comme sénateur et son implication dans le courant de la « Négritude » et la lutte contre l’occupation américaine, contrairement à son homologue de lettre sénégalais, Léopold Sédar Senghor, qui devint président, les tentatives de Price-Mars pour accéder à la magistrature suprême ne sont qu’un remake de 1902. Sténio Vincent, président pendant l’occupation américaine, et Élie Lescot avaient été élus par l’Assemblée nationale au détriment de ce dernier. Le gouvernement de Lescot fut marqué par des grèves incessantes et une économie chancelante ainsi que par une domination toujours présente des États-Unis (sous la demande desquels Lescot déclara la guerre à l’Axe en 1941) au niveau politique. Cela n’empêcha pas que, 60 ans plus tard, le choix populaire l’emporta.

Biographie de Moïse Jean Charles :

Moïse Jean Charles est né le 20 avril 1967 sur l’habitation dénommée «Baryè Batan» dans la commune de Milot, dans la partie septentrionale d’Haïti, la seule commune ayant un patrimoine historique mondial. Issu d’une famille paysanne, Jean Charles est le cadet de sa famille, un enfant paisible, toujours souriant, curieux, très intelligent et perspicace. Pour certains, il est timide et observateur. Jean Charles est un homme qui croit dans l’institution familiale. Il est marié et père de six enfants. Il sait toujours maintenir l’équilibre entre ses obligations familiales et ses engagements dans la lutte pour un changement profond et véritable en Haïti, raconte-t-il. Jean Charles MOÏSE a fait ses études classiques à l’École Nationale d’Application de Milot et au Lycée Philippe Guerrier du Cap-Haïtien. Aimé de son entourage, ses parents n’avaient pas à se soucier trop de lui pour ses études, d’autant que les gens du voisinage lui achètent à compétition ses matériels scolaires.

Tant il est adorable, on l’appelle, « le petit Moïse ». Après ses études classiques, Jean Charles entre à la capitale haïtienne où il fait une première partie de ses études universitaires à l’Université Adventiste de Diquini d’Haïti, UNAH, en sciences comptables. Ensuite, il se rend à Cuba pendant la période du coup d’État contre l’ancien président Jean Bertrand Aristide pour des études en Communication Politique à « Centro de Estudio Para América Latina ». Bon nombre de ses camarades en Amérique latine ont brigué le poste de président, chacun en sa patrie respective. Aujourd’hui encore, il y en a qui sont présidents, Sénateurs et Ministres dans leurs pays respectifs. Le Sénateur a reçu le vote de confiance de deux cents pays pour représenter Haïti en février 2013 à la tribune des Nations Unies lors d’une conférence où il a présenté un brillant discours. Jean-Charles Moïse est élu personnage de l’année du Brésil en 2013, ce, après des votes sur une liste de soixante-trois personnalités sur laquelle figurait le nom de l’ancien président Américain, Barack Obama. Après ses études à Cuba, le très jeune socialiste a décidé de mettre ses capacités et connaissances au service de son pays. Il est membre du Groupe Haïtien de Recherche et d’Action Pédagogique, GRAHP, dans le Nord. En 1996, il a fondé FOKAL: “FONDASYON KONESANS AK LIBÈTE”.

Jean Charles a brigué trois mandats comme Maire Principal de la Commune de Milot. Il mène ses combats avec plus de stratégie grâce à ses acquis en diplomatie, en relations internationales et ses formations continues dans différents pays de l’Amérique latine. Il a été nommé conseiller politique spécial du feu Président René Garcia PREVAL. Il a été aussi Vice-président de l’Association Mondiale des Maires (AMM). Jean Charles MOÏSE, grâce à ses combats pour la cause des paysans, a été nommé à titre honorifique, Président de l’Association “EL CAMINO DEL CAMPESINO” ( Le chemin du paysan) pour l’Amérique latine, du Sud et les Caraïbes. Il a été élu Sénateur de la République pour la période 2009-2015, pour le Département du Nord, période pendant laquelle, l’élu du Nord a mené de manière constante et cohérente le grand combat contre la corruption et le vandalisme politique du pouvoir de l’époque conquis par une équipe ayant à sa tête Michel Joseph Martelly.

Conclusion

Pour rappel, les élections sont l’un des piliers sur lesquels repose tout régime qui se veut démocratique, même si seulement le fait de tenir des élections sur un territoire ne garantit pas nécessairement la jouissance des droits fondamentaux de la personne humaine, car si les droits civils et politiques sont d’une importance capitale, les droits sociaux, économiques, culturels et le droit à la sécurité sont tout aussi un socle indéniable en matière de droits humains. Personne ne l’aurait cru, avant le 21ème siècle, mais de nos jours, il y a un leader de gauche qui défend les principes et acquis démocratiques, pas seulement à l’échelle nationale ou régionale mais ses prises de positions vont au-delà des frontières.

En somme, Jean Charles Moise dit avoir échoué les Accords Montana et Pen du fait qu’ils pronnent le pouvoir au plus capable en guise du pouvoir au grand nombre (démocratique). Ce serait une attitude raciste de l’occupant et sa politique contre-productive consistant à choisir ses collaborateurs les plus proches au sein de l’élite mulâtre traditionnelle constituaient, sur le plan sociopolitique, une bombe à retardement. Toutefois, on peut ainsi, sans exagérer, mettre en exergue certains traits de la culture politique haitienne, qui influencent encore les partis tels que l’intransigeance et le refus de tout compromis qui poussent à exclure totalement les partis adverses de la gestion du pouvoir. Avec Jean Charles Moïse, le choix du plus grand nombre primera encore une fois sur celui du plus capable.

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