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Haïti : la fermeture de tous les comptes bancaires en dollars, est-elle une alternative ?

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Le combat contre la dévaluation de la Gourde (monnaie nationale d’Haïti) est le vœu du peuple haïtien depuis plus de trois (3) décennies. Toutefois, ce combat peut avoir mort d’hommes à cause de nombreux secteurs influents (banques, entreprises commerciales, etc.) qui se mettent dans la spéculation (deloyale et criminelle) du dollar américain. D’après les données de la Banque de la République d’Haïti (BRH), c’est-a-dire banque centrale d’Haïti, plus de 50 % de la population haïtienne ont un compte bancaire en dollar américain dans le pays. Ils ont ce comportement en fonction de la dévaluation de la Gourde par rapport au dollar et à cause de la mesure populiste prise sous le gouvernement de Prosper Avril en 1989 autorisant les banques commerciales haïtiennes à ouvrir des comptes en devises étrangères, particulièrement en dollars américains, pour tout particulier. Du côté de l’organe régulateur, BRH, il est plutôt constitué comme un organe observateur en guise de régulateur et de force contraignante en la matière. De ce fait, de nombreuses analyses montrent que seulement un État fort, patriotique et responsable peut freiner cette hémorragie qui rend la situation socioéconomique d’Haïti de plus en plus instable. Dans cette perspective, notre analyse opte pour la fermeture de tous les comptes bancaires en dollars comme une alternative conjoncturelle de lutte contre la dévaluation consciente ou inconsciente de la monnaie nationale d’Haïti. Considérant les enjeux, comment s’y prendre ?

S’il est connu de tous que les banques d’Haïti et des entreprises commerciales haïtiennes font de la spéculation, la population haïtienne ayant ouvert des comptes en dollars chez ces banques ignorent l’enjeu que ce comportement peut générer sur la dévaluation de la Gourde en termes macroéconomique. Face à ce constat, un État fort, patriotique et responsable devrait être capable de prendre la mesure conjoncturelle la plus adéquate au plus grand nombre et sans faire du mal au plus petit nombre. Dans cette optique, comme bon nombre de citoyens responsables qui ne cherchent pas seulement à critiquer les mauvaises décisions de la BRH, je suggère que :

  • le gouvernement d’Haïti ferme par arrêté ou décret tous les comptes en dollars du pays et convertisse les anciens comptes dollars en compte Gourdes. Aussi, cette décision obligerait les banques à émettre à leurs clients seulement des cartes de débits en Gourdes au lieu de livrets, ce pour s’adapter au numérique progressivement. Les cartes de débits donneront accès d’effectuer des achats en Haïti comme à l’étranger au taux du jour régulé par la BRH ;
  • le Gouvernement interdise généralement la vente en dollars dans le pays ;
  • l’État interdise toute transaction effectuée en dollars dans le pays ;
  • la BRH sanctionne sévèrement les banques ayant enfreint la législation haïtienne et les conventions internationales jusqu’à fermer certaines de leurs succursales progressivement ;
  • l’État annule le décret du 29 septembre 1989 pris par le président Prosper Avril, lequel décret autorisait, comme de fait, autorise encore les banques commerciales à ouvrir des comptes en devises étrangères, particulièrement en dollars américains pour tout désireux ;
  • l’État enlève, aux banques privées, le droit d’effectuer des transactions en dollars d’une part, et de gestion du dollar d’autre part, ce, en vue d’éviter la spéculation (criminelle et déloyale) bancaire en Haïti ;
  • seulement la BRH et la Banque Nationale de Crédit (BNC) soient l’organe de change dans le pays en ses bureaux centraux et délégués. Delà, tout particulier ou toute entreprise nécessitant du dollar passera par la BRH pour s’en procurer directement. Il faut aussi définir des règles d’intégrité de la BRH, BNC et leurs agences pour qu’elles ne commettent pas les mêmes exactions que commettent actuellement les banques privées ;
  • le gouvernement augmente les droits de douane prélevés à l’importation des produits de première nécessité. Car, les droits d’importation sur le riz qui sont passés de 50 % à 3 % ne fait qu’abaisser la production rizicole nationale. De nos jours, Haïti importe plus de 85 % du riz consommé sur le marché national. Toutefois, l’État doit diminuer les droits de douane pour tous les produits neufs en terme de protection de l’environnement. Par exemple, le droit de douane d’une voiture 2023 devrait être plus bas qu’une voiture 2007. Cela évitera que le pays se regorge de produits et équipements usés qui deviendront des ordures rapidement ;
  • le gouvernement exige que les achats sur le marché international puissent se faire via des cartes de crédit et de débit en Gourdes. Naturellement, les banques devraient donner automatiquement une carte de débit en gourdes à tout client en guise de livrets bancaires traditionnels pour passer progressivement au numérique ;

Il est à mentionner que la Gourde constitue la seule monnaie de la République d’Haïti. Dans le système de mondialisation, le dollar a un rôle capital dans le monde. En conséquences, tout pays sérieux prendrait des mesures d’empêcher la dollarisation de leur économie nationale alors qu’ils n’ont pas le dollar comme monnaie nationale et officielle.

Car, il est inacceptable que de nombreuses activités commerciales en Haïti se font uniquement en dollars américains ou sous la base d’un taux de change calculé par les entreprises commerciales ou les particuliers. C’est le cas du louage, de l’acquisition de terrains, de l’acquisition de produits, outils, matériels et équipements dans les marchés, bazars, magasins, etc.

Evidemment, la question de la perte de valeur de la Gourde en Haïti est une farce. Cette dévaluation est en majeure partie artificielle. c’est une démagogie qui nécessite une solution proportionnelle adéquate. Car, aux grands maux, les grands remèdes.

ÉDITEUR / ÉDITRICE

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Marc-Donald VINCENT
Marc-Donald Vincent est spécialiste en gestion de projets. Il a obtenu un baccalauréat en sciences agricoles en 2016, un diplôme d’études supérieures spécialisées (D.E.S.S.) en gestion des projets d'architecture et d'aménagement en 2020 et une maîtrise (M.Sc.A) en gestion de projets en 2021. Après son stage de recherche à Polytechnique Montréal, il poursuit sa recherche doctorale en sciences de la gestion en Haïti.
https://www.lescientifique.org