L’eau chaude de la Rivière Massacre

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De par sa position stratégique, nous réitérons que la République Dominicaine (RD) est le premier pays, après Haiti à avoir beaucoup plus d’intérêt pour une solution durable à l’actuelle crise haïtienne. Malheureusement, la Diplomatie Dominicaine a toujours fait le choix de s’aligner sur les positions rétrogrades des Etats Unis, de la France, du Canada et des Nations Unies pour faire perdurer la crise actuelle et maintenir au pouvoir le régime corrompu d’Ariel Henry.

L’actuel pouvoir du Président Abinader et l’oligarchie anti haïtienne misent plutôt sur une détérioration de la situation en Haïti. Car il s’agit de démonter l’existence de faits légitimes pour fomenter un discours haineux et alimenter les germes de division entre les peuples . À la veille des élections de mai 2024, nous avions prédit dans un précédent article que ce discours allait refaire surface pour alimenter le marché électoral et détourner l’attention de la population dominicaine sur ses véritables chantiers.

La poursuite des travaux de construction du canal sur la rivière Massacre (Dajabon) par des paysans haïtiens abandonnés traditionnellement par leurs propres dirigeants constitue cette manne idéale tombée du ciel pour la politique anti haïtienne du Président Abinader. A ne pas oublier, c’est en mai 2021 sous le régime du Président Abinader qu’un accord a été signé stipulant clairement la mise en route de la construction d’un canal.

Le droit international fixe les voies et moyens pour le règlement à l’amiable de tels différends. En outre, selon Monseigneur Faustino Burgos Brisman, Secrétaire général de la Conférence Episcopale Dominicaine, on aurait pu recourir a un dialogue transparent avec les actuelles autorités en Haïti, ou du moins avec la Société Civile comme l’évêque de la région ou d’autres instances sociales pour aborder ce fait tellement ordinaire. Il est étonnant que le Président Abinader soulève l’article de 10 de l’accord de 1929. Aucun document à la chancellerie haïtienne à date ne fait état d’une consultation entre les deux pays pour les 11 prises effectuées par la RD.

On n’est pas en face du barrage de l’Ethiopie sur le Nil ou la vie de millions de personnes et de plusieurs pays en dépendent, on est en face de la construction d’un petit canal de rétention d’eau pour arroser quelques centaines d’Hectares de Terre. Beaucoup d’observateurs se questionnent sur l’intérêt d’un Président de la République de descendre a ce niveau pour accorder une telle importance a un fait banal.

En effet, la Rivière Massacre prend sa source en République Dominicaine sur le Pic « Monte del Gallo », dans la Ville de Lome de Cabrera, le lieu de naissance d’un des artistes dominicains les plus populaires en Haïti durant les annees 80, Fernando Villalona. Arrivée en en Haïti, la Riviere Massacre est alimentée par la Rivière de Sapotille qui elle-même est alimentée par la Rivière de Gens de Nantes, avant de serpenter en terre voisine.

De ce fait, les deux pays ont les mêmes droits pour faire une utilisation juste et équitable de ce cours d’eau. En plus, certaines techniques proportionnent la possibilité de faire une utilisation au besoin que des administrations déconcentrées des deux pays auraient pu s’entendre pour mettre en œuvre moyennant un protocole d’accord.

Le président Abinader a plutôt fait le choix du Marketing Politique et de la confrontation avec une nation meurtrie, bafouée et exploitée. Le Président a rendu l’eau de la Rivière Massacre très chaude par ce comportement démesuré et disproportionné à travers la mobilisation de militaires, la fermeture de la frontière et l’orchestration d’une campagne de propagande générant tout un climat de haine.

Pendant qu’Haïti est à genoux avec une crise aigue, le Président Abinader adopte une attitude provocatrice et se comporte comme un véritable chef de Guerre. Peut-être il a voulu a la manière d’un Adolphe Hitler dans sa stratégie de « Guerre Eclair » de détruire le canal avec la toute puissance de son armée.

Contrairement au Président Abinader, le führer est allé jusqu’au bout de sa folie, l’Histoire s’est terminée telle que nous la connaissons. Le président Abinader s’est peu être ravisé sur la sévérité de jugement de l’Opinion Publique Internationale en fournissant d’autres objectifs a sa grande mobilisation militaire. Disait-il, la mobilisation visait combattre les opposants extrémistes d’Aryel Henry et empêcher les gangs criminels d’envahir le territoire dominicain. Mais vraiment, quelle blague !

L’amalgame n’est pas anodin. Presque Toutes les institutions de la société civile, les écoles, les artisans, les paysans, etc., qui ont contribué centime par centime a la mise en œuvre de cet effort de solidarité citoyenne se sont vu traiter implicitement de bandits par Abinader , ignorant ainsi que le prestige et la fierté du peuple haïtien sont a la base de cette infrastructure que l’infrastructure elle-même. Pourtant, les corrompus qui ont détruit l’économie haïtienne investissent en RD, souvent liés au cercle intime de son pouvoir, n’ont pas à s’inquiéter.

C’est le jeu parfait des oligarques des deux cotés de l’Ile pour discréditer la résistance du peuple haïtien dans presque toutes ses composantes, maintenir Haïti dans le chaos et protéger le pouvoir corrompu d’Aryel Henry, accusé par un diplomate américain de haut rang de complicité avec les bandits et dans le meurtre sur le Président Jovenel Moise.

Cette mer d’agitation et de folies guerrière rallume le feu de la propagande des ultranationalistes dominicains avec tous ses corollaires de violation de droits humains et comportements haineux dépassant l’entendement.

Un article d’un haut diplomate dominicain sur Listin Diario faisait l’apologie de Trujillo et qualifiait les haïtiens de peuples d’ingrats. Un syndicat chrétien de Transport a décidé d’interdire le transport aux Haïtiens et un journaliste a plaidé pour une collaboration avec le chef du G9, Jimmy Cherisier pour détruire le canal. Tout ceci sans contestation aucune du régime d’Abinader. De toute facon, Joseph Goebbels, le fameux propagandiste d’Hitler avait traité les juifs de Vermine, on en connait la suite.

Il y a deux semaines, un haut responsable politique dominicain me déclarait sur Twitter que les haïtiens n’ont pas de droit et devront se retourner en Afrique. Malheureusement la science n’a pas encore trouvée la solution pour couper une ile, remorquer une partie et l’annexer à un autre continent. Tant que cette possibilité n’existe pas, le Président Abinader et les ultranationalistes devront se résigner à une coexistence pacifique entre les deux peuples.

La folie guerrière d’Abinader s’est révélée désastreuse même pour certains secteurs économiques de son pays. Il a pénalisé les producteurs agricoles de la ligne frontalière avec la fermeture de la frontière. Ces produits destinés spécialement aux haïtiens n’ont pas une grande valeur ajoutée pour être compétitifs sur d’autres marchés. L’Industrie touristique tellement sensible au scandale aurait du avoir une meilleure considération dans le nouveau costume de chef de Guerre du Président.

On doit quand même souligner que r les nombreuses références d’Abinader dans son discours aux Nations Unies sur Haïti et ses initiatives avec le président du Kenya. Malheureusement, il se discrédite lui-même en voulant jouer ce rôle amical dans la crise haitienne. Avec des amis comme celui-ci, on n’a pas besoin d’ennemis.

Malgré la force de son armée et l’importance économique de son pays comparativement à cette Haïti meurtrie, maintenue dans la pauvreté par une élite corrompue, plongée dans le chaos par l’ingérence du Core Group, le Président Abinader, fils de riches entrepreneurs, né sur les cuisses de Jupiter, apprendra une fois dans sa vie l’importance de l’humilité dans cette crise et que les faibles ont des droits. La supériorité militaire ne garantit pas nécessairement la victoire.

La puissance des faibles dans la diplomatie internationale est une force d’attraction non négligeable et réserve souvent de grandes surprises.

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Jean Gary DENIS
Jean Gary DENIS est Sociologue et Historien. Aussi, il est directeur exécutif de l'Institut Haïtien d'Observatoire des Politiques Publiques (INHOPP).
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