Guerre : Haïti remporte la guerre psychologique sur la République Dominicaine

LE SCIENTIFIQUE

Depuis le début du mois de septembre 2023, l’on observe une guerre qui s’intensifie au jour le jour entre Haïti et la République Dominicaine. De cette guerre où l’armée dominicaine se positionne en face de la Brigade de Sécurité des Aires Protégées (BSAP) d’Haïti, Haïti remporte déjà la première partie psychologique de cette bataille. D’abord, pour mieux comprendre cette situation de guerre ou de conflits entre ces deux pays voisins d’une même île, il faut passer en revue l’histoire commune et séparée des deux pays puis comprendre l’enjeu de la Rivière Massacre, une rivière internationale située en Haïti et République dominicaine.

Pour la petite histoire, ce conflit s’apprêtant à devenir une guerre entre Haïti et la République dominicaine prend naissance à cause de la première prise d’irrigation qu’Haïti est en train de construire sur la Rivière Massacre alors que la République dominicaine en construit déjà plus d’une dizaine. Cette prise ne constitue pas une dérivation du lit de la rivière. D’après le Ministère de l’Agriculture, des Ressources Naturelles et du Développement Rural (MARNDR) du côté haïtien, la prise d’irrigation est conçue pour irriguer une superficie de 3000 hectares au niveau de la basse Plaine de Maribaroux dans le Nord-est, et nécessite un débit de 1,5 mètre cubes par seconde, un chiffre, citant un rapport dominicain, qui représente 20,33% du débit moyen annuel du cours d’eau. Delà, la République dominicaine montre ses désirs pour empêcher la construction de cette prise d’irrigation et envoie la majorité de ses troupes militaires sur la frontière Nord du pays. Du côté haïtien, cette prise d’irrigation pourra aider Haïti à réduire sa balance commerciale tout en augmentant sa production nationale. Mais, ce n’est pas tout. Car, la construction de cette prise d’irrigation du côté haïtien aura des impacts désastreux sur l’économie dominicaine et affectera sa croissance à moyen terme.

En Haïti, la population veut un meilleur partage des eaux de la Rivière Massacre afin d’irriguer les champs de culture. En effet, les travaux de construction d’une canalisation pour irriguer les champs haïtiens sont commencés en 2018 mais ont déplu au Président de la République dominicaine au point de restreindre l’accès à son pays à tout ressortissant d’Haïti.

Par ailleurs, si beaucoup de lecteurs et d’internautes ne le savent pas, il est à se rappeler que la révolution haïtienne fait partie des cinq (5) plus grandes et importantes révolutions qui ont façonné l’histoire du monde. De ces cinq (5) plus importantes révolutions, l’on définit la Révolution haïtienne comme la rébellion d’esclaves la plus réussie du monde occidental, son impact se faisant sentir à travers le monde en ce qui concerne la lutte contre l’ordre mondial en matière d’esclavagisme, colonialisme et racisme. Ainsi, Haiti devient non seulement la première république noire libre du monde, mais il est le premier pays au monde luttant contre cette trilogie de système mondial d’exploitation des peuples et sa révolution favorise la libération de nombreux peuples dans le monde.

De ce conflit qui existe entre Haïti et la République dominicaine, la perception joue militairement et logistiquement en faveur de la République dominicaine. Toutefois, vu le passé triomphal de l’histoire haïtienne en guerre où l’armée indigène d’Haïti a battu, le 18 novembre 1803, la plus grande puissance de l’époque, l’armée française de Napoléon Bonaparte, considérant l’aspect mystique et le milieu montagneux de la partie occidentale de l’île (Haïti), la grande partie des perceptions pense qu’Haïti remporte la guerre psychologique sur la République Dominicaine. La République dominicaine est-elle capable de gagner une guerre contre des paysans haïtiens croyant dans leur esprit du vaudou ?

Facile à répondre n’est pas cette question. Car, seulement le temps peut répondre cette question bien que les haïtiens sont de plus en plus armés de courage et d’optimisme pour tracer un énième exemple et vaincre la République dominicaine. Entre autres, les cérémonies vaudouesques organisées chaque nuit et parfois en pleine journée commencent par par accroître la confiance des Haïtiens dans le vaudou. Des démonstrations mystiques et magiques en sont la base, lesquelles démonstrations effraient déjà les dominicains et le monde. Car, personne n’est sans savoir que les projectiles (munitions) de certaines armes sont sans effet sur de nombreux haïtiens. Est-il possible qu’Haïti refasse l’histoire ?

Loin de répondre ces questions, nos observations montrent qu’Haïti ne veut pas du tout entrer en guerre contre la République dominicaine. Toutefois, ce pays veut seulement utiliser cette rivière pour irriguer leurs jardins à travers une seule prise alors que la République dominicaine en a déjà construit plus d’une dizaine sur cette rivière. Mentionnons qu’Haïti est à sa première construction d’une prise d’irrigation sur cette rivière. Malheureusement, l’envoi des troupes militaires dominicaines sur la frontière augmente la pression du côté haïtien. À présent, c’est la BSAP qui apaise la colère des Haïtiens pour ne pas attaquer le convoi militaire dominicain. Sans quoi, la guerre aurait déjà commencé sur la frontière Nord d’Haïti et de la République dominicaine.

Cependant, il est à rappeler que le comportement de Luis Abinader, le président dominicain le fait passer pour un dictateur selon certains haïtiens et dominicains. Car, à l’approche des nouvelles présidentielles à la République dominicaine, Luis Abinader essaie d’augmenter sa côte de popularité à travers ses pratiques migratoires peu conformes aux conventions internationales mais se fait plutôt démasquer par des agriculteurs haïtiens. Ce qui le rend furieux et incontrôlable au point d’envoyer toutes les forces militaires dominicaines sur la frontière Nord d’Haïti.

Luis Abinader a ordonné la fermeture de toutes les frontières partagées avec Haïti afin de provoquer l’arrêt des travaux de construction de la première prise d’irrigation du côté haïtien. Toutefois, l’on doit mentionner que le peuple haïtien est l’un des peuples les plus résilients du monde. Car, lors des périodes de crises sociopolitiques, les Haïtiens ont l’habitude de fermer eux-mêmes leur propre pays (autoconfinement) pendant plus de trois (3) mois, ce à des fins de revendications sociopolitiques et économiques. Ceci dit que la fermeture des frontières dominicaines est une décision sans conséquences majeures sur le peuple haïtien. Au contraire, cette décision augmente le sentiment patriotique des Haïtiens à s’investir dans l’agriculture, la transformation des matières premières et surtout dans leur pays.

En conclusion, à un moment, le MARNDR informait les agriculteurs du Nord-Est, particulièrement les riziculteurs de Ouanaminthe et de Ferrier qu’il n’y a aucune obstruction à la construction de la prise d’irrigation. Car, après toutes les études techniques et légales, aucune règle relative au traité de Paix, d’Amitié perpétuelle et d’arbitrage signé à santo-Domingo le 20 février 1929 n’a été violée dans le cadre de cette construction. Le blocus des accès frontaliers de la République Dominicaine avec Haïti, dû à la construction d’une prise d’irrigation du côté haïtien sur la rivière Masacre, représente de grandes pertes économiques pour ceux qui font partie du commerce binational, et surtout du commerce dominicain.

Auteur / autrice

  • Marc-Donald VINCENT

    Marc-Donald Vincent est spécialiste en gestion de projets. Il a obtenu une licence en sciences agricoles de l'Université Chrétienne du Nord d’Haïti (UCNH) en 2016, un diplôme d’études supérieures spécialisées (D.E.S.S.) en gestion des projets d'architecture et d'aménagement en 2020 et une maîtrise (M.Sc.A) en gestion de projets en 2021 de l'Institut des Sciences, desTechnologies et des Études Avancées d'Haïti (ISTEAH). Après son stage de recherche au Laboratoire de recherche en réseautique et informatique mobile (LARIM) de Polytechnique Montréal, il poursuit sa recherche doctorale en sciences de la gestion en Haïti à l'ISTEAH. Sa thèse doctorale porte sur les facteurs de succès et de sous-performance des projets publics mis en œuvre dans les pays à revenu faible et intermédiaire, cas d'Haïti. Aussi, Marc-Donald Vincent est président du Centre de Recherche Intégrée et Scientifique d’Haïti (CRISH) et du journal Le Scientifique promouvant la recherche scientifique en Haïti.

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