Jean Jacques Dessalines

Dessalines et “l’Être Suprême” dans la charte de 1805, une évidence contre l’agnosticisme de l’haïtien dès la genèse de son histoire

Le Scientifique

Extrait de la constitution de 1805: “Nous, Henry Christophe, Clervaux, Vernet, Gabart, Pétion, Geffrard, Toussaint Brave, Raphaël, Lalondrie, Romain, Capoix, Magny, Cangé, Daut, Magloire Ambroise, Yayou, Jean-Louis François, Gérin, Moreau, Férou, Bazelais, Martial Besse, tant en notre nom particulier, qu’en celui du peuple d’Haïti qui nous a légalement constitués les organes fidèles et les interprètes de sa volonté,

En présence de l’Être Suprême, devant qui les mortels sont égaux, et qui n’a répandu tant d’espèces de créatures différentes sur la surface du globe, qu’aux fins de manifester sa gloire et sa puissance, par la diversité de ses oeuvres,

En face de la nature entière dont nous avons été si injustement et depuis si longtemps considérés comme les enfants réprouvés, 

Déclarons que la teneur de la présente Constitution est l’expression libre, spontanée et invariable de nos cœurs et de la volonté générale de nos constituants,

La soumettons à la sanction de Sa Majesté l’Empereur Jacques Premier, notre libérateur, pour recevoir sa prompte et entière exécution”. Fin de Citation

D’entrée de jeu, Dessalines se positionne contre la théorie évolutionniste de Charles Darwin qui va naître jusqu’après l’assassinat de L’EMPEREUR, vers 1809, mais c’est un Dessalines anti-évolutionniste avant la lettre, car selon lui, c’est un Être Suprême qui, non seulement, a créé les êtres animés et non animés, mais qui les a éparpillés, assortis, sur le globe terrestre.

On ne saurait, et nul ne peut en disconvenir, ravoir notre Haïti sans un retour aux idéaux précieux, sacrés et très spiritualistes, de sa Majesté Jacques premier, dit Jean Jacques Dessalines le Grand.

Dès la conception même de la nation haïtienne, avant son crapuleux assassinat, l’Empereur Jacques Premier nous avait connectés toutes et tous à la source duale de pouvoir infini, faite selon lui de : l’Être Suprême et la Mère Nature. Deux entités complexes et plurielles prises en témoin lors de la rédaction de la première charte de l’après-l’indépendance haïtienne.

Les peuples ont souvent eu des symboles, des croyances, des boussoles philosophico-spirituelles, des balises, qui façonnent les modes de vie en société et qui parfont, aidées de décrets, de décrets-lois, nos rapports sociaux, entre autres.

On ne vit pas toujours totalement affranchi des idées spirituelles de son époque et des gens que l’on côtoie. Si les liens entre le divin et la gestion de L’État ont, certes, un peu rompu après la révolution Française de 1789, tous ceux et celles qui étaient en contact avec les grandes sociétés de la fin du dix-huitième siècle, telles que la France et l’Angleterre, de gré ou de force, en ont subi les influences religieuses et/ou spirituelles. Dessalines, ainsi que le Haut État-major qui l’entouraient, à savoir, son cabinet, n’en étaient point épargnés. Ils étaient tous croyants et faisaient l’apologie d’un Dieu Suprême.

Tout agnosticisme moral et spirituel devrait être combattu voire banni de notre pensée de peuple, si et seulement si l’on voulait suivre les sillages du père fondateur et ses accompagnateurs. Beaucoup des contemporains de Dessalines, membres influents de l’empire, avaient connu Voltaire, et d’autres géants du 18ème siècle, Voltaire qui a déclaré “si Dieu n’existait pas, il faudrait l’inventer”.

Même si à la fin du même siècle le russe Mikhaïl Bakounine va prendre Voltaire à contre-pied pour dire qu’il faudrait anéantir Dieu, si on l’inventait. Bref.

Un débat houleux sur le statut d’initié des héros et héroïnes haïtiens, qui ont vaillamment lutté pour la liberté des hommes et femmes du monde en général, s’est souventes fois tenu dans nos ateliers de réflexions, dans les loges, dans les églises et péristyles-vodouns, dans les universités, et reste encore debout, sans réponses convaincantes; j’y reviendrai après avoir visité les planches des loges de la ville de Marchand Dessalines, d’Arcahaie, de Grande Rivière du Nord, et consulté les archives des loges anglaises de l’époque, car je ne dois pas aller trop vite en besogne sans me munir soigneusement de faits historiques convaincants et attestés, pour rester cohérent dans mon travail de chercheur scientifique.

Les questions qui surgissent fréquemment: Où Dessalines et sa femme se sont-ils mariés en 1801? En quelle Église? Église avec majuscule. Par qui la célébration a-t-elle été présidée? On y répondra dans un autre article.

S’il est vrai que la religion et la spiritualité ne doivent pas être l’objet d’amalgame, on est quand même en droit de
dire que refuser d’admettre que nous sommes un peuple devant constamment penser, du moins, au concept lié à cet “Être Suprême” dans nos actions quotidiennes ne fait pas de nous des dignes fils de cette terre sacrée de l’intrépide militaire et aimée des sphères diverses, me basant bien sûr sur la pensée Dessalinienne suée dans la première charte de la nation libre d’après 1804. Les bras de Dessalines furent, aurait dit l’autre, exercés à la bataille pour l’indépendance, par un Dieu, une Déesse ou un esprit titré “Être Suprême” par lui et ses dignes membres de Cabinet de l’époque qui lui avaient soumis le texte constitutionnel pour sanction et ratification, en tant que monarque.
Et, en concluant, la constitution du 20 mai 1805, il est écrit : ” Vu la présente Constitution,

Nous, Jacques Dessalines, Empereur Ier d’Haïti et chef suprême de l’armée, par la grâce de Dieu et la loi constitutionnelle de l'État,
*L’acceptons dans tout son contenu, et la sanctionnons, pour recevoir, sous le plus bref délai, sa pleine et entière exécution dans toute l’étendue de notre empire* ;

Et jurons de la maintenir et de la faire observer dans son intégrité jusqu’au dernier soupir de notre vie.

Au Palais impérial de Dessalines, le 20 mai 1805, an II de l’Indépendance d’Haïti, et de notre règne le premier.

Signé : Jean Jacques Dessalines, dit Jacques Premier.

Par l’Empereur :
Le Secrétaire général,
Signé : Juste Chanlatte.

Tout en jetant les bases de la relation verticale (Divin-humains), l’État dessalinien se veut laïque. Non religieux, pourtant avec une liberté de culte dans un esprit de tolérance mutuelle en avance sur son temps. Et, dans les articles 51, 52, et 53 de la constitution impériale de 1805, il est dit et je cite:

“Du culte.
Article 50.
La loi n’admet pas de religion dominante.

Article 51.
La liberté des cultes est tolérée.

Article 52.
L’État ne pourvoit à l’entretien d’aucun culte ni d’aucun ministre.”

Quel génie ! Quelle tolérance ! Quel dépassement de soi de l’Empereur pour la cohésion sociale et le vivre-ensemble dans le nouvel État libre !
L’agnosticisme, qu’il soit religieux ou moral, ne constitue point un atout social, car les balises morales et liées au spirituel peuvent aider à la concorde et à la convivialité sociale.

Quand les bonnes mœurs et la philosophie spirituelle d’un peuple s’associent à la science, à la technologie, la société est plus malléable et plus saine.

La laïcité dans un État n’est pas la persécution des cultes ou ses religions.

C’est, plutôt, l’État qui plane au-dessus des idéologies religieuses et qui se dissocie des questions ecclésiales et des cultes, en y jouant le rôle d’arbitre, de rempart contre les dérives, pour la protection des droits de tous.

Autrement dit, pour le père fondateur, que vous adoriez les pierres, le sable de la mer, les plantes, une Déesse, des Dieux ou un seul Dieu, tout cela constitue le cadet des soucis des dirigeants de l’État qu’il fonde, pourvu que la cohésion sociale règne et que le droit de l’un n’empiète en rien sur celui de l’autre, dans une concorde fraternelle lui étant chère. Car, pour les législateurs, tous les haïtiens sont frères et soeurs; article 3 de ladite constitution, stipulant que les citoyens haïtiens sont frères entre eux ; l’égalité aux yeux de la loi est incontestablement reconnue, et il ne peut exister d’autre titre, avantages ou privilèges, que ceux qui résultent nécessairement de la considération et en récompense des services rendus à la liberté et à l’indépendance. Et, Dessalines y a apposé son acquiescement. Il parlait toujours d’un Dieu, qu’il surnommait tantôt Être Suprême, tantôt Dieu, tantôt génie. …Et si jamais tu refusais ou recevais en murmurant les lois que le génie qui veille à tes destinées me dictera pour ton bonheur, tu mériterais le sort des peuples ingrats. (Extrait de l’acte de l’indépendance lu aux Gonaïves, le dimanche premier Janvier 1804).

Relisez la déclaration de l’indépendance du premier janvier 1804, aux Gonaïves, je vous épargne, dans cet article, ce très long discours.

Je promets de publier un très important travail universitaire d’analyse et de décorticage que j’ai fait lors de la rédaction de mes mémoires de Maîtrise en Science Po, sous l’angle de pensée politique, sur cette constitution impériale d’Haïti de 1805 et j’en soulignerai les parties liées à la spiritualité et à la religion.
Vous en jouirez pleinement et en tirerez grand avantage.

La diversité des œuvres de ce Dieu dont il n’a pas donné les caractéristiques et la gloire lui étant dûe doivent nous enjoindre à agir avec humanisme, droiture, bonté en tout temps et en tout lieu, d’abord en tant qu’haïtiens (nes), puis en tant qu’héritiers du premier empire noir du continent américain.

Je publierai ce mini-mémoire, dans le courant de ce mois, pour que religieux, spiritualistes, athées, zélés et mécréants comprennent la multidimensionalité de la pensée de Dessalines surtout au regard de la spiritualité et des cultes, la relation entre le divin et ce peuple martyr; une pensée Moïsaique, dans laquelle Marx, Engels, Lénine, et j’en passe, ont pu puiser bien de richesses quoique en rejetant le côté spiritualiste Dessaliniste bien sûr ; c’est le cas de Karl Marx, par exemple. Car, Marx croit et promeut la combativité du prolétariat, la conjugaison de force des masses paupérisées pour parvenir à jouir de ses droits et vivre en humains face à l’oppression de la classe dominante, gérante des moyens de production et non aux forces cosmiques et à la Mère Nature, comme l’entendaient Jean Jacques Dessalines, Maurepas, Gabart, Gerin, Chanlatte, Christophe et les autres valeureux et hardis preux. Ô Dieu des Preux!

Dieu- Patrie- Travail, Équité, Mutualité et Ordre, voilà les vocables qui devraient CONSTAMMENT imprégner nos actes et nos plans, en tant qu’haïtiens, pour la Patrie chérie et pour nos frères.

Puissent l’Être Suprême, la Mère Nature, notre conscience, s’il nous en reste encore, nous venir en aide pour concrétiser les idéaux de nos aïeux et rejeter toute sauvagerie et toute bestialité qui entravent notre évolution, qui pourrissent notre vie de peuple ne vivant que dans la gloire et les prouesses du passé !

Auteur / autrice

  • Antoine NÉRILUS

    Antoine Nérilus est Enseignant, Normalien Supérieur, traducteur, interprète, diplômé en Gouvernance de l'État. Il a un Master en Sciences Politiques. Il est spécialisé en langues, lettres et politique.

    Voir toutes les publications
Tagged