Le Parc National Historique Citadelle, Sans-Souci, Ramiers (PNH-CSSR), joyau du patrimoine mondial et symbole de l’ingéniosité haïtienne sous Henry Christophe, traverse aujourd’hui l’une des crises les plus graves de son histoire contemporaine. Toutefois, depuis 2022, ce patrimoine mondial (du Palais Sans-souci à la Citadelle) fonctionne sans aucune autorité de gestion suite à la non prise en charge de l’Autorité de Gestion du Parc (AGP) par le Comité Interministériel de Gestion (CIG) du Parc. Le drame survenu ce 11 avril 2026 à la Citadelle Laferrière, ayant coûté la vie à plusieurs dizaines de visiteurs, n’est pas un accident isolé. Il constitue l’aboutissement d’un long processus de dégradation institutionnelle, marqué par l’absence d’une autorité de gestion effective du Parc.
Cet événement tragique pose une question fondamentale : comment un site classé patrimoine mondial peut-il fonctionner sans système de gestion opérationnel ?
1. Un patrimoine mondial sans gouvernance réelle
Classé depuis 1982 au patrimoine mondial de l’UNESCO, le Parc couvre environ 25 km² et représente bien plus qu’un espace touristique. En ce sens, il est un territoire habité, écologique, culturel et économique.
Dans le cadre du renforcement de la culture et la préservation du patrimoine, le projet PAST financé par la Banque mondiale avait facilité la création d’une Autorité de Gestion du Parc (AGP) à Milot dans le but d’emmener le Parc à une gestion équitable et technique. L’AGP à été dotée des meilleures spécialistes des ministères de la culture, du tourisme, de l’environnement, de l’ISPAN, de l’UTE et d’autres techniciens des quatre principales communes de ce Parc National Historique à savoir Milot, Dondon, Plaine du Nord et Grande Rivière du Nord. Des rapports indiquent que l’AGP fut le meilleur livrable du projet PAST.
Pourtant, depuis la fin du projet PAST en 2022, le Parc National Historique Citadelle, Sans-souci, Ramiers est livré à lui-même. Pour des raisons politiques, l’Autorité de Gestion du Parc (AGP) n’a pas été prise en charge par l’État, notamment par le Ministère de la Culture, malgré l’existence d’un plan de gestion fraîchement rédigé par l’UNESCO et en dépit que la feuille de route l’exigeait au Ministère de la Culture, dirigée par Madame Emmelie Prophète, à l’époque.
Le Parc National Historique Citadelle, Sans-souci, Ramiers fait face à de nombreux défis, notamment des défis d’insécurité. Dans cette optique, lorsque l’Autorité de Gestion du Parc (AGP) fonctionnait de 2018 à 2022 comme bras opérationnel du Comité Interministériel de Gestion (CIG) du Parc, cette instance caduque en juillet 2022 avait adressé ce problème au plus au niveau de l’État via le ministère de la culture pour limiter les dégâts face aux problèmes et risques suivants :
- Incendie du dôme de la Chapelle Royale de Milot ;
- Tentatives d’incendie de la Citadelle ;
- Vol de pièces historiques (dont deux couleuvrines)
- Déforestation, agriculture anarchique, infiltration illégale ;
- Absence de contrôle des flux touristiques ;
- Drame causant le décès d’une vingtaine de touristes nationaux à la Citadelle ;
- Présence de groupes armés à l’intérieur du Parc ;
- Absence d’uniforme pour les Guides, Meneurs de chevaux et Marchands de souvenirs ;
- Absence fréquente de la PNH de Milot dans le Parc sous prétexte que le Parc possède la Politour ne disposant d’aucun moyen contraignant ;
- Conflits entre Guides, Meneurs de chevaux et Marchands de souvenirs en présence des touristes ;
- Concurrence déloyale : détournement des véhicules qui transportent les touristes en dehors des normes administratives établies ;
- Manque d’agents de sécurité dans les kiosques d’accueil (Sans-souci, Choiseuil, Parking) et dans les locaux de l’AGP ;
- Fabrication de fausses cartes d’accès au PNH-CSSR ;
- Risques de conflits entre les entités concernées pour le partage des recettes ;
- L’accès limité à l’assainissement, au service d’eau potable, au service de santé et à l’électricité ;
- Actes de vandalisme à la Citadelle (vols des boulets, destruction d’un ponceau menant à la citadelle par des bandits armés, destruction d’une porte vitrée du musée de la citadelle) ;
- Agression physique et psychique de certains visiteurs et employés du Parc ;
- Accès difficile à certains points du Parc (aires protégées par manque de sécurité) ;
- Mécanisme de roulement non respecté par les Guides, Meneurs de chevaux et Marchands de souvenirs ;
- Harcèlement de certains touristes par des habitants du Parc et visiteurs ;
- Conflits entre les quartiers du Parc ;
- Extraction de matériaux (roches), élevage libre et construction anarchique dans le parc ;
- Insuffisance des agents de Politour, soit 2 à 3 agents ;
- Absence de signalisation dans le Parc ;
- Absence d’éclairage dans le périmètre du Parc ;
- Aucun contrôle sécuritaire des points d’entrée du Parc par Sans-souci, Kafou 16 et Plaine du Nord ;
- Risque d’accidents ;
- Absence d’une autorité de gestion spécialisée dans la gestion culturelle au Parc depuis juillet 2022.
Ces faits ne sont pas anecdotiques. Ils traduisent une défaillance systémique de gouvernance stratégique (à travers le Comité Interministériel de Gestion du Parc – CIG) coordonnée par le Ministère de la Culture et de la Communication (MCC) et opérationnelle (AGP). Car, comme le souligne la feuille de route de mise en place de l’Autorité de Gestion du Parc (AGP), l’absence de mécanismes institutionnels adaptés empêche toute gestion efficace du site.
2. Le drame du 11 avril 2026 à la Citadelle Laferrière : une catastrophe évitable
L’afflux massif de visiteurs à la Citadelle sans régulation des entrées, sans limitation des capacités d’accueil, sans dispositifs de sécurité et sans gestion des flux montre clairement l’absence d’une autorité fonctionnelle. Tandis que, la gestion d’un site de cette envergure impose :
- des quotas de visiteurs ;
- des circuits contrôlés ;
- une surveillance permanente ;
- des protocoles de sécurité.
Ce travail relève précisément d’une Autorité étatique de Gestion du Parc sous la hiérarchie du ministère de la culture et en collaboration avec les différents ministères partenaires du Comité Interministériel de Gestion du Parc (CIG), notamment le Ministère de la Culture (MCC), le Ministère du Tourisme (MT), le Ministère de l’Environnement (MD), l’institut de Sauvegarde du Patrimoine National (ISPAN), et de l’Unité Technique d’Exécution (UTE) entant que bras fiduciaire du Ministère de l’Économie et des Finances (MEF) et de la Banque Mondiale.
En conséquence, laisser des milliers de personnes accéder librement à un monument historique fragile, sans contrôle, constitue une faute de gouvernance majeure.
3. Une solution existait déjà : la feuille de route pour l’Autorité de Gestion du Parc (AGP)
Contrairement à ce que l’on pourrait croire, les solutions ne sont ni nouvelles ni inexistantes. Car, dans le cadre du projet PAST financé par la Banque mondiale, une feuille de route complète a été élaborée, par la Spécialiste Dithny Joan Raton, pour la mise en place d’une Autorité de Gestion permanente du Parc. Ce document stratégique proposait une transformation progressive en trois phases :
A. Mettre en place une gouvernance structurée et légale
La feuille de route recommande la révision du cadre juridique du Comité Interministériel de Gestion du Parc, la reconnaissance officielle de l’AGP comme organe de gestion clarification des responsabilités entre ministères et l’intégration d’une ligne budgétaire dédiée dans chaque institution. L’objectif consistait à sortir d’une gestion floue
B. Créer une structure opérationnelle capable d’agir
Le document, la feuille de route, disponible depuis 2022 mais jamais effectif insistait sur :
- la mise en place d’un corps professionnel (patrimoine, environnement, tourisme) ;
- la présence d’agents pour la perception des taxes et le contrôle des accès ;
- l’élaboration de règlements internes et outils de gestion ;
- l’application effective du plan de gestion élaboré par l’UNESCO.
Aujourd’hui, aucun de ces dispositifs n’est pleinement opérationnel au Parc National Historique Citadelle, Sans-souci, Ramiers (PNH-CSSR).
C. Organiser la gestion des visiteurs et du territoire
La feuille de route mettait en avant :
- la structuration et l’accréditation des guides touristiques, marchands de souvenirs, des meneurs de chevaux, des artisans et des acteurs locaux ;
- la formation continue des intervenants au Parc National Historique ;
- la création d’un conseil consultatif incluant société civile et secteur privé ;
- la création d’un conseil scientifique ;
- la mise en place de mécanismes de médiation des conflits.
Cela inclut implicitement la régulation des flux touristiques, la sécurité des visiteurs et la gestion durable du site, autant d’éléments absents lors du drame du 11 avril 2026.
4. Assurer un financement durable et autonome
Le modèle proposé dans la feuille de route de 2022 repose sur :
- une contribution de l’État haïtien ;
- des financements internationaux ;
- la perception des taxes touristiques par la DGI ;
- un fonds dédié à la gestion du parc.
L’objectif de ce modèle visait à garantir une autonomie administrative et financière du Parc National Historique Citadelle, Sans-souci, Ramiers (PNH-CSSSR).
5. Vers une autorité autonome et pérenne
À terme, la feuille de route prévoyait une AGP autonome, capable de gérer, planifier et protéger le Parc National Historique Citadelle, Sans-souci, Ramiers, avec un système de suivi et d’évaluation. Malheureusement, cette vision reste depuis 2022 non mise en œuvre à cause d’un problème de priorité gouvernementale.
6. Absence d’une autorité de gestion au Parc : un échec politique et institutionnel
Le refus de mettre en œuvre cette feuille de route après la phase expérimentale de l’Autorité de Gestion du Parc (AGP) lors de la fin du projet PAST financé par la Banque mondiale constitue un tournant critique. Depuis octobre 2022, aucune autorité permanente n’a été instituée au Parc National Historique Citadelle, Sans-souci, Ramiers alors que :
- le plan de gestion du Parc rédigé par l’UNESCO était disponible ;
- les outils institutionnels étaient définis ;
- les partenaires internationaux étaient mobilisés ;
- sauf que le gouvernement à travers le Ministère de la Culture, sous Emmélie Prophète, n’acceptait pas de prendre en charge l’AGP et préférait de mettre tout le personnel technique de L’AGP à pied.
7. Repenser d’urgence la gouvernance du Parc National Historique Citadelle, Sans-souci, Ramiers (PNH-CSSR)
Le drame du 11 avril 2026 doit être un point de bascule. Ainsi, il est impératif de :
A. activer immédiatement l’AGP permanente en :
- adoptant du cadre juridique ;
- nominant des responsables au bureau de l’AGP, à la Citadelle et au Palais Sans-souci ;
- déployant un système opérationnel.
B. Réguler l’accès à la Citadelle
- quotas de visiteurs ;
- systèmes de billetterie contrôlée ;
- surveillance des flux.
C. Appliquer le plan de gestion existant via
- la conservation ;
- le tourisme durable ;
- la protection environnementale.
D. Renforcer la sécurité et la maintenance
Face à ces défis sécuritaires, il est nécessaire non seulement d’avoir une Autorité de gestion au Parc National Historique, mais aussi il est opportun d’y déployer des unités spécialisées telles que le défunt président Jovenel Moïse le souhaitait lors qu’il a créé, en octobre 2021, une Task Force interministérielle devant définir une orientation stratégique en matière de sécurité pour le Parc National Historique :
- BSAP : pour la protection des aires naturelles des 4 communes du Parc à savoir Milot, Dondon, Plaine du nord et Grande rivière du nord ;
- FHDH (pour la protection de forteresse militaire Citadelle et du Palais Sans-souci ;
- Agents de la Politour (à renforcer)
- Agents de sécurité pour les locaux de l’AGP, les kiosques d’accueil et les entrées du Parc ;
- Opérationnalisation des équipes techniques permanentes ;
- Établissement des protocoles d’urgence et organisation d’entretien régulier.
E. Impliquer les communautés locales
- emplois
- formation
- gouvernance participative
8. Nécessité d’une gouvernance renforcée et remobilisation de l’AGP
La gestion du Parc National Historique Citadelle, Sans-Souci, Ramiers (PNH-CSSR) demeure aujourd’hui confrontée à des défis structurels majeurs liés à l’absence ou à la faiblesse d’un système de gouvernance pleinement opérationnel. En effet, malgré l’existence d’un plan de gestion et d’une feuille de route rédigés dans le cadre du projet PAST de la Banque Mondiale, l’absence d’une autorité de gestion ne favorise le fonctionnement et l’organisation de ce Parc. Bien que l’Institut de Sauvegarde du Patrimoine National (ISPAN) existe, mais sa mission ne s’inscrit pas dans un aspect managérial et de gestion culturelle, mais plutôt de préservation et conservation des patrimoines. Cette situation met en évidence l’urgence d’instaurer une gouvernance cohérente, intégrée et pérenne, capable de coordonner les interventions, de réguler les usages et d’anticiper les menaces environnementales, touristiques et anthropiques qui pèsent sur le Parc.
Dans cette perspective, le modèle collégial porté par l’Autorité de Gestion du Parc (AGP) apparaît comme une réponse institutionnelle pertinente et déjà expérimentée. En réunissant plusieurs entités étatiques clés — notamment les ministères sectoriels de la culture, du tourisme, de l’environnement, l’ISPAN et d’autres structures techniques — l’AGP a permis de jeter les bases d’une coordination interinstitutionnelle et de mécanismes administratifs adaptés à la complexité du Parc. Ce type de gouvernance partagée favorise non seulement une meilleure prise de décision, mais aussi une responsabilisation collective des acteurs impliqués, condition essentielle pour une gestion efficace d’un site à la fois patrimonial, environnemental et touristique.
Dès lors, la remobilisation de l’AGP s’impose comme une priorité stratégique pour l’avenir du Parc National Historique. Elle permettrait de réactiver une structure de gestion permanente, capable de porter une vision de développement durable, d’assurer le suivi des actions et de renforcer l’implication des parties prenantes, y compris les communautés locales. Comme le suggèrent les travaux scientifiques sur le Parc, seule une gouvernance inclusive et structurée peut répondre aux menaces actuelles et garantir la transmission de ce patrimoine exceptionnel aux générations futures.
Conclusion
Le Palais Sans-Souci, la Citadelle Laferrière (Citadelle Henry) et l’ensemble du Parc, notamment la Zone Clé de Biodiversité (ZCB) ne sont pas seulement des monuments. Ils sont des piliers de l’identité haïtienne. Mais sans gouvernance, un patrimoine devient vulnérable. Car, sans organisation, un site touristique devient dangereux.
Le drame du 11 avril 2026 survenu à la Citadelle Henry rappelle une vérité fondamentale : la gestion du patrimoine est une responsabilité vitale, pas seulement culturelle. Haïti dispose déjà des outils, des plans et des expertises. Ce qui manque aujourd’hui, ce n’est pas la connaissance mais la décision politique et l’action.
Lire ces deux rapports produits sur la Parc National Historique Citadelle, Sans-souci, Ramiers ( PNH-CSSR) pour mieux comprendre les enjeux et déduire des perspectives de développement :
Synthèse des réalisations & leçons apprises dans la gestion du Parc National Historique Citadelle, Sans-Souci, Ramiers (PNH-CSSR): Octobre 2018-juillet 2022
https://hal.science/hal-04856087/
Rôle des parties prenantes du « Parc National Historique Citadelle, Sans-souci, Ramiers » : perspectives de développement et gestion durable
https://hal.science/hal-04961728/



